Le programme de réintroduction

Le projet

L’idée d’un programme de réintroduction a germé dans la tête de Jacques-Olivier TRAVERS en 2007. A cette époque le pygargue à queue blanche a disparu de France depuis 1959 (Corse) et 1892 (Thonon les Bains) et les espoirs d’un retour rapide semblent très minces.

« Depuis mon enfance, j’ai une passion pour cet aigle que j’ai découvert dans un livre de l’ornithologue Suisse Paul Géroudet, j’ai tout de suite rêver de le revoir dans le ciel de notre pays. La route a été longue car il y en avait très peu en captivité et le milieu naturaliste n’était pas très chaud pour entreprendre un programme de réintroduction. »

Gros plan sur un œuf sur fond noir éclairé en rouge, on distingue le bébé à l'intérieur.

Arriver à reproduire l’espèce

En 2007, il n’y avait quasiment pas de pygargue à queue blanche en captivité en France et les reproduction de l’espèce dans les parcs zoologiques étaient rarissimes. Le parc des aigles du Léman a fait venir de Russie les premiers individus en 2009. À partir de 2012 le premier couple est formé, il mettra quatre ans à se reproduire. À partir de 2017 de nouveaux couples sont formés et progressivement se sont 2 puis 3 couples qui se reproduisent chaque année. Grâce à la coopération de zoo Français (Puy du Fou, Amnéville) et Européen (Veldhoven zoo) ce sont au final 9 couples dont 5 reproducteurs qui sont hébergés courant 2021 aux Aigles du Léman.

Faire connaitre l’espèce

Pour réintroduire une espèce il est important que celle-ci soit parfaitement acceptée par le grand public qui sera en contact avec elle. Nous avons choisi de faire une campagne de communication nationale pour faire découvrir cette espèce au grand public français. N’ayant pas de gros moyens à notre disposition, nous avons choisi de faire une campagne originale basée sur la production de films et d’évènements innovants. Au cours des années 2014 à 2019 nous avons participé, écrit, réalisé ou produit plus d’une dizaine de documentaires sur les pygargues à queue blanche. Parallèlement nos oiseaux ont été vus depuis la tour Eiffel, la Burj Khalifa, le stade Olympique de Londres, à Vienne, Berlin Rotterdam…Les images des caméras posés sur le dos de nos pygargues ont révélé un point de vue unique sur les grands glaciers des Alpes, les déserts du Moyen-Orient ou encore les îles grecques…

Photo de Jacques-olivier Travers avec son pygargue à queue blanche ayant les ailes déployées devant la tour Eiffel à Paris.
Pygargue à queue blanche en vol en piqué sur le Tower Bridge en Angleterre.

Créer un consensus

Nous avons voulu faire de cette réintroduction un vrai projet régional et créer un fort soutien local. Pour se faire nous avons pendant près de 2 ans consulté toutes les parties prenantes : Association naturaliste, pêcheur, élus, scientifiques, enseignants. À force d’études, de consultations, d’amélioration le projet recueille aujourd’hui un assentiment général qui a été renforcé par la découverte lors de nos recherches de la dernière reproduction de France continentale à Thonon les Bains. Ceci donne tout son sens à ce projet fortement ancré dans la préservation du patrimoine local.

Le taquet parental

Depuis longtemps les fauconniers puis les naturalistes ont compris que les jeunes oiseaux sont capables dans leurs premières semaines de vie d’apprendre à voler et à chasser seuls. Les jeunes sont pris dans des nids dans la nature ou dans des zoos, ils sont amenés sur la zone de réintroduction, élevés ensemble puis relâchés avec une supplémentation en nourriture pendant quelques mois. Cette technique a fait ces preuves dans tous les programmes de réintroduction à travers le monde, elle s’appelle la méthode du Hacking.

Toutefois la séparation brutale avec les parents et le peu de temps passé sur le site de réintroduction semblent limiter le taux de survie des jeunes. Notre idée est d’essayer d’améliorer le taux de survie et la fixation sur le territoire des jeunes avec une nouvelle technique que nous avons baptisée : le taquet parental.

Les jeunes sont élevés directement sur le site de réintroduction par leurs parents, dans une grande volière, jusqu’à l’âge de 8 semaines puis ils sont placés dans un nid extérieur mais en contact avec les parents simplement séparés par des barreaux. Ils vont ainsi pouvoir s’émanciper à leur rythme sans aucune coupure avec les parents. Ceci permettra de ne pas créer de traumatisme liés à la séparation avec les parents et au transport sur un site de relâché inconnu. Les études menées autour de cette nouvelle technique nous permettrons de savoir si l’intuition de Jacques-Olivier était juste ou pas et si à l’avenir elle présente une vraie évolution pour les programmes de réintroduction.

Les recherches scientifiques

Le projet de réintroduction des pygargues sur le bassin lémanique va permettre à de nombreux scientifiques de se pencher sur l’analyse des données fournies par la surveillance vidéo des oiseaux, le suivi par balises GPS et les observations de terrain. Des publications rendront état régulièrement des avancées faites par les scientifiques avec lesquels nous collaborons. Les travaux porteront sur les principaux points suivants :

La validation de la technique du taquet parental : L’originalité de ce projet de réintroduction repose sur cette nouvelle technique de relâché (voir page). L’objectif des études qui vont se dérouler tout au long du programme (8 ans) vont essayer de vérifier si cette nouvelle technique apporte des bénéfices quand à la survie des jeunes aiglons et sur la fixation des oiseaux sur le territoire, deux points cruciaux des programme de réintroduction. Seront aussi étudié le phénomène de reconnaissance des parents pour une espèce non coloniale puisque les aiglons pourront rejoindre aussi longtemps qu’ils le veulent leurs parents mais aussi potentiellement d’autres parents puisque les nids sont rapprochés.

La dynamique des populations : la pose d’une balise GPS sur chaque pygargue réintroduit permettra d’étudier la dynamique des populations de ces oiseaux.

Où vont-ils ? Combien de temps restent-ils sur la zone de réintroduction ? Vont-ils rejoindre d’autres populations ?

Ces questions essentielles pour comprendre la possible reconquête du territoire national seront analysées par un des meilleurs spécialiste de la question : Bernd Meybug.

Le cycle de vie : seront également étudiées les cycles de vie des oiseaux. Les balises modernes permettent de savoir si les oiseaux sont actifs ou pas, à quelle hauteur ils volent, combien de temps par jour, s’ils pêchent ou mangent des charognes…

Nous pourrons aussi étudier les causes de mortalité de ces jeunes et essayer d’y remédier.

Merveille de la nature. ©RemiChapeaublanc